La Saga Arise (2013-2015)
Studio IG
Parler de Ghost in the Shell, c'est
paradoxalement, vis-à-vis du propos de l'univers, évoquer la
passion. Car invariablement, les fans, mot, je le rappelle, dérivé
de « fanatique », viendront à juger tout ce qui touche
cette sphère comprenant manga, film et anime, avec la plus grande
des passions. Et le problème avec la passion, c'est qu'elle altère
sans commune mesure, toute forme d'objectivité. C'est aussi
pourquoi, c'est en toute subjectivité, quelque part, que je parlerai
de mon ressenti, non plus sur le film Ghost in the Shell qui vient de
sortir au cinéma, mais sur l'ensemble d'animation « Arise »,
que je n'ai fini qu'il y a une semaine. Je parle de cinq
courts-métrages de 45 minutes ainsi que du film servant de
conclusion, faisant lui 120 minutes.
Arise, c'est un retour des studios
d'animation IG sur la franchise, quelque dix ans après la fin de
Stand Alone Complex, qui a été largement apprécié. Pour ce faire,
ils ont choisi la forme de ce qui pourrait s'apparenter à un
« reboot ». Une trame prenant place avant la formation de
l'équipe que l'on connaît, menée par une Motoko plus jeune, vêtue
d'une combinaison de cuir rouge, même coupe de cheveux, mais une
couleur bleue très vive : un character design assez différent,
qui a été globalement peu apprécié par les fans. Ça n'engage que
moi, mais, je le trouve très réussi. Il est à la fois sobre et a beaucoup de charme.
Toujours est-il que c'était important
de le noter, car les premières images ont fait couler beaucoup
d'encre, IG aurait saboté le personnage du Major. C'était presque
injurieux d'y toucher à ce point. « Fanatiques », hein.
C'est dans cette optique d'ondes négatives que j'ai regardé Ghost
in the Shell : Arise.
Et je dois dire que j'ai été plutôt
agréablement surpris. D'autant plus surpris à vrai dire que cette
nouvelle version n'a donc pas extrêmement bonne réputation. Chose qu'à
posteriori, j'ai quelques difficultés à comprendre.
Tout
d'abord, et c'est la chose la plus évidente, Arise est splendide. Il
y a une vraie recherche dans la mise en scène ainsi que dans la
colorimétrie, notamment dans le rouge et son contraste avec le bleu
des cheveux du Major. Si on y fait un peu attention, ça devient très
net. Vraiment, c'est beau. Ensuite c'est aussi très bien animé, les
séquences d'action y sont à la fois très fluides et lisibles. Le
choc des impacts et la puissance cybernétique y est parfaitement
rendue, dès la première scène de l'exhumation du cercueil. Rien à
en redire, c'est juste très beau.
J'émettrais en revanche un point
négatif pour ce qui est de la bande originale. Kenji Kawai pour le film et Yoko Tanno pour Stand Alone Complex y avaient fait un travail
incroyable en apportant des thèmes très différents, mais aussi
intéressants. Je suis bien moins convenu pour Arise. J'ai trouvé le
travail de Cornelius plus fade et répétitif. Bien moins
convainquant.
S'agissant des thématiques abordées,
on retrouve des questions assez semblables à la culture Cyberpunk, à
savoir le gouffre accru entre les classes sociales, la corruption,
ainsi que bien entendu, toutes les interrogations liées à la
cyborguisation et au transhumanisme. Mais ici Arise prend une
illustration légèrement alternative, offrant un peu de fraîcheur à
la franchise. Parce qu'après tout, il n'y avait plus nécessairement
énormément à dire... L'anime choisira donc de se concentrer sur le
développement personnel de Motoko ainsi que sur la formation de son
unité d'élite, pour se conclure de façon maligne. Il offre des
solutions complémentaires sur le choix de Motoko quant à son
rapport au Marionettiste, ce qui fait d'Arise une préquelle assez
intelligente, même dans les plus petits détails, la transition vers
un uniforme différent, par exemple.
Dans sa globalité Arise est
effectivement malin. Cependant, et la contrepartie et que certains
épisodes souffrent d'un rythme trop soutenu, la faute à un format
de 45 minutes qui auraient parfois dû déborder de 15-20 autres.
Parce forcé d'admettre qu'à force d'agents doubles, de
conspirations, de perceptions hackées, il aurait été bon de poser
quelques repos... Et là tout peut s'enchaîner très, trop,
rapidement. Léger vertige, hein !
Mais franchement, ce serait le seul
reproche majeur que je lui ferai, car autrement, j'ai passé un très
bon moment... Et surtout un moment rafraîchissant ! Car la plus
grande peur que je pouvais avoir été que tout avait déjà été
dit sur Ghost in the Shell, je connais déjà si bien le Major, que
pouvais-je apprendre de plus ?
Et je trouve qu'il s'agit de la plus
grande réussite d'Arise : apporter un peu de fraîcheur à une
franchise qui aurait pu avoir tendance à tourner en rond autrement.
De manière à donner un sens à cette nouvelle « saison ».
Mais d'un autre côté, c'est certainement aussi ce qui fait qu'elle
est si controversée. Toujours cette dichotomie entre la volonté
d'obtenir quelque chose de nouveau, mais sans que ce que l'on a aimé
soit différent de ce pourquoi on l'a aimé. À titre personnel, un
Stand Alone Complex 2.0 n'aurait eu aucun intérêt. Le remake /
reboot pour le remake / reboot est assez vide de sens. Ce qui vous
donne un aperçu de mon ressenti sur le film américain, soit dit en
passant.
Enfin... Vous avez mon ressenti sur
Arise, j'ai beaucoup aimé, c'est un complément très intéressant à
ce que j'ai déjà apprécié. Mon interrogation ira pour ceux qui ne
sont pas familier à la franchise. Ils risquent d'être mis de côté,
peu de choses sont expliquées et tout va très vite, bien évidemment
les liens posés ici et là, de façon subtile, seront totalement
opaques aux étrangers de la franchise. Si vous ne connaissez pas
Ghost in the Shell, je vous conseillerais de passer par Stand Alone
Complex, puis par le premier et second film avant de conclure avec
Arise.


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