Des regrets... Chacun connaît les
siens. Tandis que certains les traînent comme autant de vieilles
casseroles assourdissantes, les autres auront appris à les
exploiter. Ils sont les témoins mémoriels de nos erreurs passées,
qui certainement, ne seront plus jamais commises. Et alors que les
seconds ont appris à grandir par leur aide, les premiers se seront
posé ces questions : « Mais que ce serait-il passé si
j'avais choisi de tourner à droite à cet embranchement de ma
vie ? » ; « Pourquoi ne lui ai-je pas dit
ça ? » ou au contraire « Pourquoi l'ai-je fait ? » ;
« Si seulement j'avais su ça, à ce moment... ». Des
réflexions, communes à nombre de personnes, qui touchent au regret,
à la nostalgie, et à cette douce enfance, alors que nous n'étions
responsables en rien. C'était si simple alors.
Life is Strange s'intéresse à
ces propositions, il nous permet de les mettre en pratique, de les
vivre. On nous expose tout le potentiel d'une vie, du libre-arbitre
et / ou de la destinée. Sommes-nous des marionnettes désignées à
suivre une route toute tracée ? Ou est-ce qu'à l'inverse la
vie est-elle cette infinité de possibilités déterminée par nos
choix quotidiens ?
Welcome - Arcadia Bay
Au revoir NeoParis, Dontnod
aura fait le choix plus intimiste - réponse aux accusations d'un
Remember Me trop ambitieux ? - de choisir la petite ville fictive
d'Arcadia Bay comme le théâtre de sa narration. Max
Caulfield, toute jeune adulte, un peu paumée, se définissant
d'elle-même comme répondant au stéréotype de la « geek
timide », revient à sa ville natale, pour y suivre un cursus
en photographie à l'Académie Blackwell. Seulement, il est
difficile pour une introvertie comme Max de s'intégrer, d'autant
moins à cause de garces friquées comme Victoria. Et puis, il
y a Chloé... Qu'est devenue son amie d'enfance après toutes
ces années ? Celle qu'elle a pourtant laissée sans nouvelles
après son départ pour Seattle...
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| Comment ça elle est pas fraîche ma tornade? |
S'agissant d'un format épisodique
reprenant les bases d'un Telltale, il est difficile de
juger de la qualité scénaristique de ce qui nous sera présenté,
puisqu'en l'état « Chrysalis » ne fait que nous
donner les bases. Mais... Elles m'ont déjà séduit. Life is
Strange est, en l'état, un peu comme un smoothie. On y
met tous les fruits qui nous plaisent et on brasse. On sait que ça devrait
être vraiment bon, mais tant que l'on n'y pas goûté, on ne peut en
être sûr. Le contexte est charmant, Blackwell, après trois
heures de jeu, est vivante, cohérente. Après ces trois heures, on
aime Max, on apprécie lire son journal intime, comprendre le pourquoi de ses SMS. Elle est touchante, comme l'est Chloé. Déjà,
à partir de là, je suis certain que l'on aurait eu une histoire
plutôt sympathique... Ajoutez maintenant ce soupçon de mystère
avec la disparition très twin-peaksienne d'une autre jeune
femme, ainsi que suffisamment peu de surnaturel pour intriguer tout
en restant « crédible »... Vous comprendrez que ce
premier épisode a décidément une bonne odeur de fruits !
Debout les photographes, et haut les cœurs !
Étant la seule véritable mécanique
de jeu de Life is Strange, nous étions à même de nous
attendre à ce que le rewind soit correctement exploité. Et,
il se trouve que ce premier épisode est plus qu'engageant sur ce
point. On trouve deux hypothèses sur son emploi : la résolution
de petits (vraiment tout petits) puzzles, et l'exploration des
différents choix. À noter d'ailleurs qu'il est techniquement
possible de ne pas y avoir recours du tout, sauf pour la toute
première fois... C'est très judicieux d'avoir fait en sorte que ce
soit bien le joueur qui ait en main cet outil, et non le jeu qui nous
commande via je ne sais quels scripts sales. La seule limitation
imposée se faisant aux changements de « niveau »,
fixés comme déterminant définitivement les choix sélectionnés.
Debout les photographes, et haut les cœurs !
Qui est déjà initié aux productions
Telltale, ne sera aucunement surpris par le déroulement
de la partie. Reviendront certainement les sempiternelles questions
relatives à la définition du jeu vidéo... Peut-on estimer
« jouer » à Heavy Rain ? Je suppose
que c'est très subjectif. Et à la vérité, je ne suis pas
convaincu que la problématique se pose véritablement. Ces œuvres
n'ont aucunement la prétention de faire vivre une expérience de
gameplay. Mais de nous emporter dans une histoire, offrant
une alternative aux médias que peuvent être le cinéma et la
littérature.
Et c'est résolument vers sa narration
que s'est penché Dontnod. Ici pas de séquences d'actions
scriptées à coup de Quick Time Event, juste de la
contemplation et quelques puzzles utilisant le système de
« Rewind », le fameux pouvoir de Max. Ce
qui est finalement loin d'être un mauvais choix tant ces
interventions maladroites de design, que sont les QTE, me semblent
inintéressantes et futiles.
![]() |
| Dis Max, ça fait psycho ton mur là. |
On obtient au final, un élément de
jeu très plaisant d'emploi. On explore naturellement tout ce qu'il
nous est proposé, on avale tout l'univers, dans toute son infinité,
comme si l'on choisissait de vivre toutes nos vies parallèles
simultanément... Puis on tente de trouver l'idéale, de tout
corriger. Difficile de ne pas penser au fameux Jour
de la Marmotte ! Et comme si les développeurs
savaient que l'on allait mettre cette comparaison sur le tapis, ils auront la malice de laisser Max s'en charger à notre place.
L'effet papillon ?
Ce premier épisode n'est pas toutefois exempt de
défauts, aux allures de détails, sans doute, mais qu'il convient de
noter. On est loin des niveaux de détails dans les expressions
faciales qu'offrent les plus grosses productions. La comparaison est
désavantageuse, car évidemment les moyens ne sont pas les mêmes...
Seulement, les visages sont assez figés, les mouvements rigides. Il
est possible que ça puisse gêner certaines personnes à rentrer
dans le jeu, s'ils se bloquent sur ce qu'ils ne pensent être que de pantins peu animés.
L'effet papillon ?
Vous l'aurez compris, il se dégage du
jeu, un charme incontestable. Celui-ci devant à la direction
artistique tout à fait réussie, avec ses textures peintes main, son
choix de coloris chaleureux et son atmosphère à la fois nostalgique
et plausible / palpable, ou encore ses interactions crayonnées... La
bande-originale indie / folk n'a certainement pas à rougir non plus.
Surtout qu'elle est parfaitement amenée... Très jolie recherche d'intégration de ce
côté d'ailleurs ! Bref, on ressent ce travail sur la matérialisation
de ses songes et souvenirs, d'un soir d'été que l'on a passé
heureux, tout simplement... Et que l'on se remémore, sourire au coin
des lèvres.
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| Eh ! Mauvais pour la santé, hein ! |
On pourra émettre aussi que la VO
parlée est plus riche que le sous-titre rendu. Dommage pour les
personnes ne la comprenant pas, ils perdent en qualité. Chose
peut-être plus gênante, il y a quelques incohérences avec l'emploi
du rewind... Volontaires pour le bien du déroulement de l'histoire,
mais tout de même !
Il en découle un « Chrysalis »
qui remplie parfaitement sa fonction, titiller le joueur, lui donner
envie de connaître la suite. Ainsi que l'attacher à une nouvelle
propriété intellectuelle, démontrer que la créativité n'est pas
morte... Seulement, il faut voir aussi que si plaisant soit-il, ce
premier pas ne sera concluant que par la sortie du second épisode.
Car en l'état, il n'est que potentialité. Les bases sont là,
maintenant il faut les exploiter. L'univers a de quoi charmer, mais
l'on sait très bien que la « hype » peut
parfaitement retomber si les scénaristes ne suivent pas. Hein les
gens de Lost ? Les personnages, s'ils répondent à des stéréotypes, restent tout à fait attachants, mais il
reste énormément à découvrir. L'utilisation du rewind
fonctionne, mais l'on attend encore cette promesse de « cette
action aura des répercussions sur la suite de l'histoire ».
Après les Telltale, nous suivons pertinemment que les
développeurs sont des illusionnistes, et que les embranchements
qu'ils nous proposent, ne le sont que très rarement en vérité.
Alors faut-il jouer à cet épisode
avant que l'histoire ne soit bouclée ? Oui, très certainement,
car en l'état ce qu'il nous est proposé est déjà une petite
réussite. Mais qui dit réussite, dit fortes attentes. Alors
messieurs, vous êtes attendus au tournant !









