lundi 30 novembre 2015

Le Marathon Horrifique (8)

Esther - Orphan (2009)
de Jaume Collet-Serra.

Tout d'abord, il me semble tient plus du thriller que du film de genre de l'horreur. Même s'il reprend quelques uns des codes, comme l'emploi d'effets sonores et de gestion de plan de manière à engendrer une tension.
Le film est plutôt sympa dans l'ensemble. Les personnages remplissent leur rôle et Esther est pas mal jouée du tout.

J'ai eu en revanche deux petites difficultés avec.
Premièrement, c'est sa longueur. Je ne suis pas convaincu que les deux heures de films soient indispensables. Et de fait, elles engendrent quelques problèmes dans l'histoire. Là c'est compliqué sans lancer de spoilers trop violents. Disons simplement que certains événements auraient dû mettre bien plus vite la puce à l'oreille (ainsi que des incohérences. Le bras cassé par exemple. Les médecins auraient dû voir à la forme de l’ecchymose que la version ne collait pas). Surtout que, malheureusement pour moi, j'avais deviné, ce qui devait être LA révélation, dans la première demi-heure du film. 

Et ça engendre pour moi aussi des défauts dans l'écriture du personnage du père. Soit le type est profondément bon, qu'il voit le positif partout autour de lui et qu'il exclue par principe le reste... Soit il est un peu neuneu sur les bords. D'accord, la vérité est compliquée à entendre. Mais deux choses sont tout de même importantes : 
  1. En un mois (je suppose que c'est la plage de temps du film), il se passe tout de même un sacré nombre de merdes... Qui coïncident étrangement avec l'arrivée d'Esther.
  2. Esther est... Adoptée. Bon, c'est pas cool à dire comme ça. Mais pensez-vous vraiment que qui que ce soit pourrait faire à ce point confiance à un "nouveau membre" de sa famille? Bien plus qu'en sa propre femme?

Et donc, deuxièmement, ça m'amène au second point : la structure du film. Qui à mon sens n'est pas optimale, puisque l'on part du postulat qu'Esther est une pourriture. Postulat qui est prouvé dès le début du film et tout du long. Le problème c'est que de fait, on ne peut pas comprendre le raisonnement du père... Puis le démantèlement progressif de la famille. 
Alors, selon moi, il aurait fallu prendre un angle de lecture différent. Montrer ce que lui voyait, et non ce qu'Esther est. Il aurait fallu instiguer le doute chez le spectateur. Qu'on pense la mère totalement paranoïaque, avant de se rendre compte que depuis le début, elle avait raison ! On aurait eu un changement de perspective bien plus intéressant, je pense.

Dans tous les cas, s'il est imparfait (comme toute chose), je l'ai trouvé tout à fait sympathique.
Et ouais, Isabelle Fuhrman joue très bien la gamine psycho. 'Puis bordel. J'sais pas vous, mais les gosses tarées, ça arrive bien à me foutre mal à l'aise. Saleté de visage d'ange.

dimanche 29 novembre 2015

Le Marathon Horrifique (7)

[Rec] (2007)
de Jaume Galaguero et Paco Plaza.

Je viens juste d'en ressortir avec un sentiment de : "Hmmm... Mouais".
Rec, c'est avant tout un parti pris de réalisation. Plus j'y repense, plus je me dis que le film tient à 95% sur ça. Il y a du bon là-dedans et... Pas mal de trucs étranges et / ou ratés.
Le film s'inscrit dans une période où la réal' caméra à la main était à la mode. Pour une volonté d'immersion totale du spectateur. Il me semble qu'un des premiers films à l'avoir employé est le Projet Blair Witch. Dont Rec est certainement beaucoup inspiré.

Personnellement j'ai beaucoup de problèmes avec ce type de réalisation. D'un côté elle permet la création de film à petit budget à l'impact pourtant assez fort, mais de l'autre, elle limite foncièrement la qualité de l'image et la narration. 
D'un point de vue image, mon principal souci est la lisibilité. L'action en devient bien rapidement confuse, pour ne pas dire très désagréable à suivre, du fait de l'angle de vue très court et des mouvements incessants de caméra. Le but étant de reproduire une vision naturelle, comme si le spectateur étant immédiatement témoin de l'action. Sauf que c'est mépriser le fantastique travail du cerveau dans le retraitement d'image. Jamais, alors que l'on court, alors que l'on tourne rapidement la tête, l'image n'est altérée. Jamais à aucun moment nous ne souffrons de tressautement. Et heureusement, sinon merci le mal de crâne. Le tournage caméra à l'épaule nous donne un aperçu de ce que donnerait notre vue sans ce traitement par le cerveau... Et le moins que l'on puisse dire, c'est que ce serait extrêmement désagréable. Donc de ce côté déjà, j'ai quelques difficultés sur le principe même.
Ensuite, quand je parle de soucis engendrés sur la narration... Le réalisateur va choisir un unique point de vue à traiter. Là où normalement il peut conter toute sorte de chose rien que par son choix de plan, montrer ce qu'il y a à montrer et suggérer le reste, ce serait-ce que par la technique du hors champ. Ici il aura fait le choix d'employer qu'un potentiel du cinéma : montrer de face l'action. Le spectateur doit toujours être positionné dedans. Et de face le plus souvent. Ce qui limite nécessairement le potentiel narratif, et force ainsi un script simple, voire simpliste (ce qui pour autant n'est pas forcément un défaut).

Sauf qu'ici, c'est bien le cas. S'il n'était pas servi par une réal originale, le film n'aurait pas grand chose pour lui.
Le scénario est déjà vu et revu, et surtout attendu. On a encore beaucoup de set-up / pay-off : la petite malade dès le début, le chien chez le véto, l'appart "abandonné", le président de la co-proprio qui détient les clés...
Le traitement des personnages m'a lui aussi beaucoup choqué. Je veux bien comprendre que vous souhaitiez placer des "gens normaux", mais était-ce nécessaire de les rendre si clichés? Palme à la reporter à qui j'aurais bien foutu une baffe dès les premières minutes.
Oui la réalisation lui donne un petit côté de frais, tout à fait indispensable pour conférer de l'intérêt au film. Seulement elle entraîne aussi quelques passages foireux ainsi que des choix plutôt bizarres.
Celui qui saute aux yeux est le "pourquoi cet abruti ne pose-t-il pas sa caméra?". Ils tentent de l'expliquer au début par le "Il faut que les gens sachent ce qu'il s'est passé ici." Soit. Mais alors qu'ils sont en danger de mort et qu'ils se battent (littéralement) pour leur survie. Était-elle toujours indispensable?
J'émets aussi beaucoup de doute quant à la scène "d'interview" des habitants de l'immeuble. Déjà, elle dessert le film, car elle démontre ses lacunes d'écriture, et en plus de ça, elle pose un blanc de 15 minutes alors même que le film avait entamé son climat de tension. On obtient une scène assez wtf où les personnages semblent avoir partagé un gros pétard.

Finalement du film, la partie que j'ai préférée et trouvée pour le coup plutôt bien pensée, est sa toute fin, alors qu'ils entrent dans le fameux appartement abandonné. Là l'emploi de la caméra est correctement justifié et fonctionne. La toute dernière image d'avant générique était très sympa.
Un film qui n'est pas inintéressant pour peu que l'on adhère à son parti pris initial, mais qui ne me convient pas des masses.