3%
Série originale Netflix - Pedro Aguilera
Parfois, on est amené à se demander
pour quelle raison ça n'a pas marché. Le potentiel était là, mais
quelque part, ça n'a pas pris. En voilà une introduction sinistre,
mais oui, c'est bien la meilleure réflexion de mon sentiment à la
sortie du dernier épisode de 3%. Un concept aussi fort
qu'intéressant, mais pourtant enchaîné au sol par une écriture
superficielle voire incohérente.
Dans un futur proche, un couple de
prophètes a trouvé une alternative à la dégénérescence de la
société. Ils ont créé l' « Autre Rive », sorte de
jardin d'Eden pour ceux qui le méritent. Havre miraculeux générateur
d'un culte au sein des bidonvilles du bas-monde. Mais seuls 3% de la
population peuvent prétendre accéder à ce paradis. Les 3% qui
surpasseront les périls du Processus.
Voilà l'idée fondatrice de la série.
Elle nous fera donc vivre l'étape « purificatrice » du
Processus, sous le regard de candidats, mais aussi du responsable en
chef.
Le premier rapport à la série est sa
pâte artistique, ou son absence...? Oui, vraiment froide et sans âme. Oui, bien
évidemment on comprend que les moyens ne sont pas ceux des
méga-productions des chaînes comme HBO. Mais tout de même, il
n'aurait pas été si difficile d'apporter un peu plus, quelque chose
de personnel. Ne serait-ce que dans les costumes, la lumière, ou
simplement quelques jeux de post-prod. Là, rien. C'est froid et
banal.
Seulement, c'est véritablement le
moindre des défauts. C'est bien l'extrême faiblesse de l'écriture
générale qui m'a déçu. Entre des personnages qui restent
catalogués à leur identité de base, et des situations d'une
banalité déconcertant tournant au what the fuck le plus total en
l'espace de trente secondes. Non, ça ne va pas.
Pour dire, la seule qui sortirait
légèrement de la case dans laquelle les scénaristiques l'ont posé
à la base, serait Joana. Sauf qu'elle est si détachée qu'elle n'a
pratiquement aucune interaction avec les autres personnages.
Difficile de créer de l'empathie pour elle.
De façon générale d'ailleurs, la
série pose une moralité plutôt bizarre, qui aura tendance à
perdre le spectateur. Entre cette première scène où une opératrice
est bouleversée, car elle a peut-être été l'élément déclencheur
d'un suicide, et le fait que tout au long de la série les morts et
les tueries s'enchaînent sans que ça ne pose de problème à qui
que ce soit, et notamment pas chez les candidats (?!). Euuuh... Il y
a quelque chose de pourri dans cette histoire. Soit les héros ont
une mémoire très sélective, soit les scénaristes se sont dit
qu'après tout, merde à la cohérence. Mention particulière au
petit premier de la classe qui en l'espace de dix minutes change
totalement de personnalité pour devenir un tueur psychopathe.
Le plus fou, c'est que quelque part,
encore une fois, ce n'est même pas le pire ! On était à même
de s'attendre à des interrogations philosophiques sur l'éclatement
de la société, sur la question de la valeur d'un Homme, ou ce type
de choses. Sauf qu'en fait, eh bah non, rien, le vide. Ai-je été
totalement hermétique à la série pour ne pas trouver le moindre
début de double lecture ? Je ne sais pas. En tout cas, je me
suis demandé où ils voulaient en venir... Pour finalement avoir été
une nouvelle fois déçu par la scène finale entre Joana et le
superviseur. Toujours cette moralité étrange, qui donne une forte
amertume à la série. Le fait que celle-ci soit brésilienne et que
la religion soit fermement encrée dans la société n'y est sans
doute pas pour rien.
Donc voilà, j'aurais du mal à vous la
conseiller. Juste décevante, à mon avis.




