jeudi 10 décembre 2015

Le Marathon Horrifique (18)

Evil Dead (2013)
de Fede Alvarez.

Le remake du premier film de Sam Raimi.
Amusant de noter qu'il s'agit donc du second remake, mais d'un réalisateur différent, cette fois. Amusant aussi que les deux changements de ton opérés sont opposés. Evil Dead plutôt vers la comédie, tandis que ce remake de 2013 tend vers le premier degré et l'horreur bien poisseuse.

On abandonne les années 80, pour une toile de fond plus « mature » (?) et moderne. Cette fois, le motif de la venue dans cette même cabane perdue dans les bois est tout autre que récréatif : il faut sevrer la jeune sœur du héros, Mia. Le film sera ainsi une allégorie de la dépendance, manifestement à la cocaïne, ou l'héroïne, mais cela importe peu.
Tout le cheminement du film mènera à une double rédemption. D'abord celle du frère, qui acceptera enfin sa responsabilité après avoir abandonné sa famille, puis de la sœur, qui réussira à s'en tirer. Le surnaturel pouvant être interprété comme les hallucinations provoquées par une junkie en manque.
J'ai trouvé la métaphore plutôt pertinente pour légitimer l'intrigue.

Le film en lui-même reprend en majeure partie la trame de l'original, en plus de lui faire de nombreux clins d’œil, ainsi, Mia apparaît assise sur la vieille oldsmobile. Autrement, on retrouve les mêmes éléments perturbateurs, qui surgissent dans le même ordre défini. Le souci étant qu'évidemment, ça casse le suspens pour ceux qui connaissent le premier film... Les autres y verront un hommage bienvenu.
En revanche, deux modifications majeures sont apportées. Déjà, le « livre » prend une place bien plus importante dans la narration. Il pose le principe de destinée qui est absente du matériau d'origine... Et apporte une fin élargie, vers ce qui sera une suite, normalement.
  • Petit aparté. Je m'interroge sur la possibilité de faire un remake d'Evil Dead 2, qui est déjà un remake du 1. Je suppose que cette suite de 2013 prendrait un chemin différent de la trilogie de Sam Raimi, pour cette fois une lecture plus personnelle. Pourquoi pas.
Le second changement vient du ton employé. En 81, on ne savait pas vraiment sur quel pied danser, même si l'on sentait que Raimi ne se prenait pas franchement au sérieux. Cette fois, il en va autrement. Au revoir second degré.
Il en ressort un travail sur les couleurs que j'ai trouvé très intéressant. Une ambiance très dé-saturée... Et poisseuse, qui donne un côté morbide et malsain, rappelant les corps en décomposition. Pour un final contrastant largement avec le reste du film, riche en couleur et en contraste, plutôt fascinant.

Seulement, ce remake n'est pas exempt de défauts.
Et déjà, comme souvent, il souffre d'une écriture de personnage qui n'a rien d'incroyable. David, le personnage principal, est sans profondeur. En plus d'être joué assez mollement. Difficile de s'y attacher. J'ai trouvé Eric, sorte de prof-hippie, bien trop décalé, presque hors-sujet, ce qui donne une impression plutôt étrange.
De plus, j'ai trouvé certains choix scénaristiques tirés par les cheveux, entre les derniers survivants plus coriaces qu'un antagoniste de slashers, ou les deus ex machina salvateurs... On a du mal à s'approprier la chose. Autant ça ne posait aucun problème dans l'Evil Dead de 81, autant, cette fois, à cause du changement de ton... On en revient à ce récurrent souci de cohérence.

J'en retiens un film imparfait par certains points, mais qui est loin d'être indigeste. Notamment dans son rapport à l'image. Il est « beau » dans l'immonde. Il est intéressant dans sa double lecture, mais incohérent dans sa trame. Je ne suis pas convaincu qu'il ait été une bonne idée d'ajouter du « pulp » au « sadisme ».

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