jeudi 3 décembre 2015

Le Marathon Horrifique (11)

de John Carpenter.

J'ai passé un excellent moment.
Il est amusant de trouver le professeur Grant (Sam Neill dans Jurassic Park) dans un rôle tout à fait différent. Ainsi que de revoir ce bon vieux Vigo des Carpates (Wilhelm von Homburg dans Ghostbusters 2).

Première chose déjà, contrairement à The Thing qui avait une certaine tendance à accuser le poids des années, ici cela se sent bien moins. Les marionnettes sont suffisamment rares et bien amenées pour qu'elles ne choquent que peu le jeune spectateur.
J'y ai trouvé un magnifique travail sur l'image ainsi que les quelques indices subtiles qu'elle renvoie. Des plans comme celui de la ruelle, où le jeune est passé à tabac par le flic, ou celui, tout à fait iconique de l'entrée dans la fameuse ville...

Le film est surtout, et peut-être avant tout, un hommage à la littérature d'angoisse et particulièrement celle de Monsieur Lovecraft. Particulièrement visible dans les thèmes abordés, dans l'imagerie horrifique, jusqu'au contexte spatio-temporel. Le film prend place dans une ville fictive de Nouvelle Angleterre, abandonnée, comme perdue dans le temps. Il se trouve que le romancier avait, de la même manière, imaginé sa légendaire Arkham, bourgade perdue de cette même région. Alors que Carpenter s'amuse à exposer sa propre version, il ne fait qu'émettre un énorme clin d’œil aux fans de Lovecraft.
La thématique même de l’œuvre est semblable, le personnage principal traité d'une façon similaire. Un « érudit » découvrant malgré lui un secret inavouable, une vérité si épouvantable qu'elle viendra ébranler ses convictions les plus profonde dans la logique pour finalement le faire sombrer dans la plus totale folie.
Et si par hasard, le spectateur n'avait toujours pas saisi le lien que Carpenter souhaitait établir, celui-ci se met à employer le style même de Lovecraft. John Trent (le protagoniste) décrit d'abord le style si particulier de l'auteur, en exprimant la tangibilité et la crédibilité de son texte... Puis celui-ci sera lu à deux reprises au cours du film. On y reconnaîtra parfaitement la « pâte » du Maitre.
Donc oui, un hommage...

Mais c'est aussi et plus simplement un excellent film, parfaitement maîtrisé, tant dans sa narration que dans sa réalisation.
Ne serait-ce que dans l'écriture de ses personnages. Si j'ai trouvé celui de John Trent parfait dans sa cohérence et sa crédibilité, c'est un détail comme l'interprétation du directeur de l'asile qui me le fait l'affirmer. Il est très difficile de créer de l'intérêt pour un personnage qui n’apparaît que quelques minutes. Et pourtant que ce soit celles du début ou celles de la fin... On sent qu'il aurait eu quelque chose à dire. Dans ces détails, on voit le souci de perfectionnement d'une œuvre.
Je n'ai absolument rien à redire en la manière qu'à trouvé Carpenter à instiller la démence dans son protagoniste. Contrairement à beaucoup de films, on sent la chose possible. Les choix de Trent sont plausibles, et je me suis surpris à anticiper ses réactions : j'aurais eu les mêmes ! Encore une fois, la cré-di-bi-li-té, je vous dis.


Puis la boucle se rejoint. Le psychanalyste du début sort de la chambre et adresse quelques mots au directeur qui lui répond : « Et vous, vous lisez Sutter Cane ? ». Je me suis dit que le film aurait pu s'arrêter là. La fin aurait été parfaite. D'ailleurs s'en est une, sans aucun doute. Sauf qu'il aura eu l'idée d'ajouter une toute dernière mise en abîme, plutôt adroite qui clôturera définitivement l'état de la santé mentale de notre ami... En plus de faire un nouveau clin d’œil au spectateur.


Donc oui. Chapeau, Mon-sieur Carpenter.

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