de John Carpenter.
J'ai passé un excellent moment.
Il est amusant de trouver le professeur
Grant (Sam Neill dans Jurassic Park) dans un rôle tout à fait
différent. Ainsi que de revoir ce bon vieux Vigo des Carpates
(Wilhelm von Homburg dans Ghostbusters 2).
Première chose déjà, contrairement à
The Thing qui avait une certaine tendance à accuser le poids des
années, ici cela se sent bien moins. Les marionnettes sont
suffisamment rares et bien amenées pour qu'elles ne choquent que peu
le jeune spectateur.
J'y ai trouvé un magnifique travail
sur l'image ainsi que les quelques indices subtiles qu'elle renvoie.
Des plans comme celui de la ruelle, où le jeune est passé à tabac
par le flic, ou celui, tout à fait iconique de l'entrée dans la
fameuse ville...
Le film est surtout, et peut-être
avant tout, un hommage à la littérature d'angoisse et
particulièrement celle de Monsieur Lovecraft. Particulièrement
visible dans les thèmes abordés, dans l'imagerie horrifique,
jusqu'au contexte spatio-temporel. Le film prend place dans une ville
fictive de Nouvelle Angleterre, abandonnée, comme perdue dans le
temps. Il se trouve que le romancier avait, de la même manière,
imaginé sa légendaire Arkham, bourgade perdue de cette même
région. Alors que Carpenter s'amuse à exposer sa propre version, il
ne fait qu'émettre un énorme clin d’œil aux fans de Lovecraft.
La thématique même de l’œuvre est
semblable, le personnage principal traité d'une façon similaire. Un
« érudit » découvrant malgré lui un secret inavouable,
une vérité si épouvantable qu'elle viendra ébranler ses
convictions les plus profonde dans la logique pour finalement le
faire sombrer dans la plus totale folie.
Et si par hasard, le spectateur n'avait
toujours pas saisi le lien que Carpenter souhaitait établir,
celui-ci se met à employer le style même de Lovecraft. John Trent
(le protagoniste) décrit d'abord le style si particulier de
l'auteur, en exprimant la tangibilité et la crédibilité de son
texte... Puis celui-ci sera lu à deux reprises au cours du film. On
y reconnaîtra parfaitement la « pâte » du Maitre.
Donc oui, un hommage...
Mais c'est aussi et plus simplement un
excellent film, parfaitement maîtrisé, tant dans sa narration que
dans sa réalisation.
Ne serait-ce que dans l'écriture de
ses personnages. Si j'ai trouvé celui de John Trent parfait dans sa
cohérence et sa crédibilité, c'est un détail comme
l'interprétation du directeur de l'asile qui me le fait l'affirmer.
Il est très difficile de créer de l'intérêt pour un personnage
qui n’apparaît que quelques minutes. Et pourtant que ce soit
celles du début ou celles de la fin... On sent qu'il aurait eu
quelque chose à dire. Dans ces détails, on voit le souci de
perfectionnement d'une œuvre.
Je n'ai absolument rien à redire en la
manière qu'à trouvé Carpenter à instiller la démence dans son
protagoniste. Contrairement à beaucoup de films, on sent la chose
possible. Les choix de Trent sont plausibles, et je me suis surpris à
anticiper ses réactions : j'aurais eu les mêmes ! Encore
une fois, la cré-di-bi-li-té, je vous dis.
Puis la boucle se rejoint. Le
psychanalyste du début sort de la chambre et adresse quelques mots
au directeur qui lui répond : « Et vous, vous lisez
Sutter Cane ? ». Je me suis dit que le film aurait pu
s'arrêter là. La fin aurait été parfaite. D'ailleurs s'en est
une, sans aucun doute. Sauf qu'il aura eu l'idée d'ajouter une toute
dernière mise en abîme, plutôt adroite qui clôturera
définitivement l'état de la santé mentale de notre ami... En plus
de faire un nouveau clin d’œil au spectateur.
Donc oui. Chapeau, Mon-sieur Carpenter.
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